Comment muscler sa retraite à moins de cinq ans de l’échéance

Les Echos – Décryptage

Par Laurence BoccaraFrançoise Paoletti-Benaziez
Publié le 11 oct. 2022 à 13:11Mis à jour le 14 oct. 2022 à 1 :11

Serpent de mer d’Emmanuel Macron, la réforme des retraites a refait surface ces derniers temps. Mais difficile de savoir pour l’heure quelles en seraient les modalités. Si cet horizon se rapproche, voici les meilleures solutions, financières ou immobilières, pour s’y préparer sans attendre.

Alors qu’une réforme des retraites pourrait voir le jour en 2023, selon les vœux du président de la République Emmanuel Macron, avec encore beaucoup d’inconnues et de zones d’ombre, l’épargnant n’a pas d’autre choix que de se préparer « en solo » des revenus complémentaires qui viendront doper sa pension retraite « peau de chagrin ». Une épargne placée au long cours peut, au choix, se répartir sur des placements financiers et immobiliers. Plus ou moins risquées, les solutions dans chaque domaine sont nombreuses et, parfois, cumulables. Revue de détail à moins de cinq ans du départ en retraite.

1. Les solutions financières

L’assurance-vie

L’assurance-vie offre la possibilité de sécuriser les sommes investies au fur et à mesure que l’échéance de la retraite approche. Toutefois, tout mettre sur un fonds en euros hypersécuritaire n’a aucun intérêt car ce support a perdu de sa superbe. Selon la Banque de France, il a rapporté en moyenne, en 2021, 1,28 % soit une maigre performance, balayée par l’inflation actuelle. Ainsi, à l’approche de la retraite (et même quand on est retraité), il convient de conserver une part d’unités de compte, plus risquées en capital, mais potentiellement bien plus performantes.

L’art va consister à procéder subtilement et progressivement à un basculement mesuré des fonds des unités de compte vers le fonds en euros. Pour certains experts, le juste équilibre à cinq ans serait une répartition équilibrée à 50-50. « Il faut opter pour 50 % de fonds en euros ‘boostés ‘ et subdiviser les 50 % d’unités de comptes en actions et en SCPI », énonce un conseiller en gestion de patrimoine. Ceux qui, avant de s’arrêter de travailler, retrouvent une capacité d’épargne (plus de crédit immobilier à charge, plus d’enfants à financer), auront tout intérêt à profiter de cette aisance de trésorerie pour remplir les vieux contrats dotés d’une fiscalité favorable. Et lorsqu’il sera temps de piocher dans cette épargne, la sortie s’effectuera au choix : en capital grâce à des rachats partiels programmés ou sous forme de rente viagère.

Le Plan d’épargne en actions (PEA)

À moins de cinq ans de la retraite, il est conseillé de réduire la voilure du PEA et donc d’être moins exposé au risque actions. « Pour sécuriser progressivement ses gains, il faudra commencer à basculer ces sommes, en principe peu fiscalisées pour un PEA de plus de cinq ans, vers un contrat d’assurance-vie », incite Grégory Lecler, gestionnaire de patrimoine chez Prudentia. Cet arbitrage permettra de continuer à placer dans un univers d’investissement plus large et donc moins volatil que les seuls titres cotés.

La retraite venue, vous souhaitez récupérer les sommes de votre PEA ? À côté de la sortie en capital, la solution la plus fréquemment choisie, la conversion des fonds en rente viagère est aussi possible. Pour les plus anxieux, ce choix permet de s’assurer des compléments de revenus à vie. Facultatif, ce scénario est autorisé pour les détenteurs d’un PEA assurantiel ou bancaire. Pour ces derniers, il faudra transférer l’épargne vers une compagnie d’assurances, seule capable d’assurer ces paiements fractionnés sur une très longue durée.

La rente d’un PEA de plus de cinq ans est exonérée à vie d’impôt sur le revenu, mais soumise partiellement aux prélèvements sociaux. L’abattement dépend de l’âge auquel la rente est demandée. À titre d’exemple, on supporte des prélèvements sociaux à 40 % entre 60 et 69 ans et de 30 % à partir de 70 ans. Reste que dans ce scénario irréversible, le capital ne fructifie plus ; pire, il est figé. Or, en début de retraite, l’espérance de vie est en moyenne de vingt ans ; il vaut mieux donc continuer à investir au risque que son épargne s’érode.

Racheter des trimestres ?

Alors qu’une possible réforme sur les retraites ressurgit, certains s’interrogent sur l’opportunité de racheter des trimestres pour décrocher le plus tôt possible. Pour ceux qui sont à cinq ans de la retraite, il est urgent de ne rien faire et d’attendre les nouvelles règles. Si l’âge de départ venait à être repoussé à 64 voire à 65 ans, il faudrait cotiser plus longtemps.

De fait, on continuera à accumuler des trimestres, ce qui permettra d’atteindre le quota (déterminé par l’année de naissance) pour obtenir le taux plein, sans avoir à en racheter. « En revanche, à moins de deux ans de la retraite, la question du rachat se pose. Même en cas de réforme, elle ne s’applique généralement souvent pas à ceux qui partent dans l’année de son application ou à la génération qui suit », avertit Valérie Batigne, fondatrice de Sapiendo. Sachant que ce rachat est coûteux (de 3.000 à 6.000 euros par trimestre) tout en ouvrant droit à une fiscalité favorable, il convient de faire appel à un expert retraite pour savoir si le retour sur investissement de cette opération (selon l’âge, le niveau futur de la retraite…) sera rapide ou pas. Or, ce jeu n’en vaut pas toujours la chandelle.

2. Les solutions immobilières

De quelles solutions immobilières dispose-t-on lorsque l’on est à moins de cinq ans, et parfois même à quelques mois, de la cessation d’activité ?

Le viager

Pour ceux qui ont acheté leur résidence principale, c’est le moment d’en tirer profit. La vente en viager gagne du terrain, répondant parfaitement aux enjeux actuels liés au vieillissement de la population. L’idée est simple : le propriétaire vend son bien à un acheteur qui ne pourra jouir du logement qu’au décès du vendeur. « En attendant, l’acquéreur verse au vendeur, qui continue d’habiter le logement, un bouquet (capital) auquel s’ajoute une rente versée jusqu’à sa mort (rente viagère). Le vendeur bénéficie donc d’une retraite complémentaire, utile pour adapter le logement et payer des services à la personne », détaille Sophie Richard, présidente de Viagimmo.

Parallèlement à cette version classique, des innovations apparaissent : « Nous versons tout en une fois (bouquet + valeur statistique des rentes : 60 % de la valeur du bien pour une personne de 85 ans, par exemple) le jour de la signature. Le vendeur ne perçoit donc pas de rente viagère, mais a le droit de rester dans son logement à vie, explicite Stéphane Revault, cofondateur de Dillan. Cela lui permet de bénéficier immédiatement d’un capital plus important. »

Les SCPI

Avec des rendements d’environ 4 %, en moyenne, la pierre papier présente, elle aussi, un intérêt à faire partie des actifs mis en place dans une optique retraite à court terme. Plus faciles d’accès qu’un bien immobilier tangible, les parts de SCPI engendrent des revenus récurrents qui complètent la pension. « Ce produit permet de bénéficier du rendement moyen de l’immobilier, tout en offrant une certaine sécurité compte tenu de la diversification des actifs (habitat, bureaux, commerces, hôtels, campings, entrepôts logistiques…), des locataires et des lieux d’investissement, déclare Jean-Marc Peter, directeur général de Sofidy. Dans cette période un peu compliquée pour certains bureaux et commerces, les SCPI les plus anciennes ont deux avantages sur les plus récentes : leurs reports à nouveau ‘ (trésorerie mise de côté chaque année, non distribuée) et leurs plus-values permettent de lisser les performances actuelles. »

À noter que « les SCPI peuvent aussi faire l’objet, au moment de l’achat, d’une donation sous la forme d’un démembrement viager de propriété, mentionne Philippe Lauzeral, directeur général de Stellium. Le retraité peut ainsi bénéficier des revenus de ses SCPI jusqu’à son décès et il prépare en même temps sa succession : à son décès, ses enfants récupèrent l’usufruit, sans fiscalité. »